Nos lecteurs doivent connaître la poésie de Claudio Gutiérrez.... Ses poèmes associent l'inspiration personnelle, intime, au grand souffle des civilisations. Les lecteurs français apprécieront particulièrement les résonances de notre univers culturel chez cet auteur d'aujourd'hui.... En voici quelques exemples, accompagnés de [nos] traductions qui veulent seulement aider à la compréhension.... BC
Notre ami Claudio Gutiérrez vient de rassembler ses poèmes et ses contes, déjà
consultables en ligne, dans un recueil très élégant, publié à l'Editorial de la
Universidad de Costa Rica.
Il a bien voulu y inclure les traductions en français que j'avais proposé....
J'en suis très touché et j'ai voulu lui offrir ici une autre traduction. Ce texte [Suburbia]
devrait également intéresser les lecteurs d'Ici Tiquicia. Il est très différent de ceux,
très lyriques, qui ont été précédemment traduits. On y trouvera encore le regard
fasciné ou ironique jeté depuis un univers culturel sur un autre. Ici ce sont les Etats-Unis
et le monde de la classe moyenne des professions intellectuelles ou libérales,
perçue avec ses ridicules mais aussi sa grande bonne volonté et son idéalisme qui la
rendent (parfois) attachante. Comme l'a écrit Gary Snyder:
...America –your stupidity.
I could almost love you again.
Ici l'arrière-plan Culturel (avec un C majuscule) est quasiment absent. Nous
sommes chez Babbitt de Sinclair Lewis. Mais l'apparition du fantôme de Robert Frost
nous dit que Claudio Gutiérrez sait où se trouvent les vraies valeurs. Et aussi le
regard qu'il sait porter sur la beauté d'un corps féminin ou le chromatisme d'une
peinture.
En lisant ce texte, certains penseront: "C'est un récit très prosaïque d'une
réception longuette chez des Américains moyens." Point du tout. Outre qu'il est bon
et salutaire de porter notre regard sur autre chose que nos Chambord et autres
grandioses Rodin des poèmes précédemment traduits, nous avons dans "Suburbia"
l'image d'un esprit en éveil. Notées à la seconde, nous apercevons les étincelles de
pensée qui traversent une conscience dans un moment de désoeuvrement ou de
vacuité. Des notations justes dont le traducteur, je le sais bien, a du mal à rendre la
précision elliptique.
Une clé, nous la trouvons lorsque le poète lui-même, après cette longue orgie
de dispersion futile exprime dans une dernière phrase brève, d'autant plus efficace
qu'elle renvoie métaphoriquement au quotidien le plus banal, le besoin de se retrouver
seul, dans le silence de sa conscience, devant la page blanche du créateur. Comme
dans le poème de Snyder cité plus haut: